"Autobiography and Changing Identities" July 2000 Conference, University of British Columbia, Vancouver, Canada.

Report by Valerie Raoul (UBC)

Du 27 au 30 juillet, plus de 150 enthousiastes se sont réunis sur le campus de l'Université de la Colombie britannique (Vancouver, Canada) pour assister à un colloque sur l'autobiographie. Cette rencontre a été organisée par deux membres du département d'Etudes anglaises, Susanna Egan et Gabriele Helms, avec l'appui de Shirley Neuman, ancienne doyenne de la Faculté de Lettres, qui est maintenant à l'Université de Michigan. Les participants sont venus de plusieurs pays (l'Allemagne, l'Angleterre, l'Australie, le Canada, la Chine, la France…) pour écouter une soixantaine de spécialistes de la théorie et de l'écriture autobiographique, surtout du monde universitaire anglophone. Philippe Lejeune se trouvait là pour représenter l'Association française pour l'autobiographie, et ceux qui s'intéressent non seulement à la théorie mais aussi à la pratique.

Ceux qui venaient à Vancouver pour la première fois auraient peut-être été tentés par la possibilité de randonnées à la plage nudiste adjacente, à la montagne, ou en ville, mais la pluie a été au rendez-vous dans cette région de forêts pluviales (la "We(s)t Coast" du Canada); les salles étaient donc pleines pour entendre des critiques connus, tels que John Eakin, Sidonie Smith et Julia Watson qui, comme Philippe Lejeune, ont présenté des conferences plénières. Le titre du colloque, "autobiographie et identités mutantes", a permis que les sujets abordés par eux et dans les autres communications soient des plus variés.

Puisque ce colloque s'adressait en premier lieu surtout à des collègues travaillant dans des départements d'études anglaises (même ceux qui venaient de Chine ou d'Allemagne), il n'est pas étonnant que la majorité des auteurs abordés aient été de langue anglaise. Philippe Lejeune n'était pourtant pas le seul à évoquer des exemples francophones, puisque plusieurs communications venaient de spécialistes de la littérature française ou québécoise, du Canada (Monika Boehringer, Martine Delvaux, Barbara Havercroft, Julie Leblanc, Valérie Raoul) ou des Etats-Unis (Marsha Belenky, Leah Hewett, Françoise Lionnet). Parmi les participants se trouvaient aussi de nombreuses collègues oeuvrant dans les "Women's Studies" (études de la femme), dont la perspective privilégie les aspects de l'écriture du moi reliés à l'identité sexuelle, dans ses dimensions culturelle, raciale, ou de classe. Sidonie Smith, Julia Watson, Leah Gilmore et Françoise Lionnet sont parmi les plus connues dans ce domaine. Leurs présentations recoupaient les préoccupations de plusieurs participants masculins, surtout dans deux champs d'intérêt: les récits de vie communiqués par des véhicules autres que la parole, visuels surtout: (c'était le sujet d'une communication conjointe de Sid Smith et Julia Watson), et les questions d'éthique soulevées par l'écriture et la lecture de récits personnels et intimes qui portent aussi sur la vie d'autres personnes. Les "cas limite" donnaient lieu a beaucoup de discussion, reliée par exemple aux récits de personnes handicapées, de fous, d'anorexiques, ou de sidatiques. Philippe Lejeune a choisi pour sujet la fonction de la mort comme point final du journal intime; la question de "survie" par l'écrit revenait constamment dans d'autres communications.

Une table ronde a abordé l'utilisation du journal et d'autres formes d'écriture autobiographique dans des cours ou des ateliers de création. Deux participantes (Suzanne Bunkers et Helen Buss) ont partagé également leur propre expérience de l'écriture autobiographique. Au moins une communication a porté sur un phénomène de plus en plus courant, surtout aux Etats-Unis: l'intégration dans la critique littéraire d'éléments autobiographiques. Une question de base posée par John Eakin et d'autres concernait les limites de la littérarité et de l'auto/bio/graphie, que ce soit dans le "testimonio" politique rédigé par intermédiaire et représentant un "nous" collectif, ou dans des "textes" aussi hétéroclites que des monuments de pierre, des courtepointes, ou un poème. Quelques disciplines non-littéraires étaient représentés, surtout par des doctorands de UBC (anthropologie, histoire, histoire de l'art, communications) Ces contributions nous ont rappelé l'importance des récits de vie oraux et d'autres sources d'informations sur les vies racontées. Les limites de l'autobiographie n'ont jamais paru si floues.

Ce colloque a permis à de nombreux passionnés de l'autobiographie (au sens le plus large) de se rencontrer. Bon nombre d'entre eux collaborent à deux revues anglophones importantes dont les éditeurs étaient présents: a/b: auto/biography (Joseph et Rebecca Hogan, Université de Wisconsin-Whitewater) et Biography (Craig Howes, Université de Hawai'i à Manoa); ce dernier publiera très bientôt une sélection des communications. Une autre participante, Margaretta Jolly de l'Université de Sussex (Angleterre) dirige un ouvrage collectif encyclopédique sur l'autobiographie qui est en preparation et auquel beaucoup des participants ont collaboré. Des représentants de Centres de recherches sur l'autobiographie en Australie (Richard Freadman, Université La Trobe, Melbourne), en Allemagne (Alfred Hornung, Gutenberg) et en Chine (Zhao Baisheng, Université de Pékin) ont pu se réunir pour parler de l'association internationale virtuelle, dont les membres communiquent à travers une liste électronique mise en place par Craig Howes. Ils ont aussi abordé la planification d'une série de colloques qui prolongeront les discussions entamées il y a deux ans à Pékin et poursuivie cette année à Vancouver. Les personnes présentes à cette reunion ont reconnu les limites de rencontres tenues, comme ce colloque, entièrement en anglais, ainsi que le besoin d'élargir ce réseau en créant des liens avec d'autres réseaux nationaux qui existent déjà et qui utilisent d'autres langues.

L'Université de la Colombie Britannique espère faire partie de ce réseau.. Le jour de l'ouverture du colloque sur l'autobiographie nous avons découvert à notre joie que le gouvernement canadien ("Canadian Foundation for Innovation") nous octroie des fonds qui nous permettront d'aggrandir notre "Centre for Research in Women's Studies and Gender Relations" pour créer un centre annexe consacré aux "Studies in Autobiography, Gender, and Age" (SAGA). Nous comptons entreprendre dans ce nouveau centre, à partir de 2001, des recherches interdisciplinaires incorporant les aspects sociologiques, psychologiques et thérapeutiques de l'autobiographie, aussi bien que ses dimensions esthétiques et littéraires. Tenant compte des discussions qui ont eu lieu ici à Vancouver cet été, nous espérons pouvoir attirer non seulement des chercheurs anglophones et francophones (le Canada est encore un pays officiellement bilingue), mais des enthousiastes du monde entier. Nous avons déjà un projet de recherche interdisciplinaire en cours, subventionné par la Fondation Peter Wall, sur les récits de maladie ("Narratives of Disease, Disability, and Trauma"), dont l'équipe organisera un colloque à Vancouver au cours de l'année 2001-2..

Ce sera l'occasion pour ceux qui ont participé au colloque de l'an 2000 de revenir, et pour ceux qui n'ont pas pu venir cet été de découvrir à leur tour les délices d'une croisière autour du port de Vancouver, en compagnie de collègues qui veulent, sinon raconter leur vie, parler de comment les autres le font. Au prochain épisode…!

Pour vous joindre à la liste de l'Association Internationale pour l'Autobiographie:

Pour des informations sur le prochain colloque de Vancouver: valraoul@interchange.ubc.ca

(Published in La Faute à Rousseau Volume 25, October 2000.)
 
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